• Carburant glow alternatif

     

    Nombreux sont les modélistes ayant joué à l'apprenti chimiste pour tenter de formuler un carburant alternatif, avec des résultats parfois difficiles à interpréter. Cela m'a conduit à réaliser quelques expérimentations pour tenter d'y voir plus clair. En particulier, j'ai souhaité vérifier l'intérêt de l'alcool à brûler en alternative économique (moins de 2€ le litre par bidon de 5 L en grand surface) du méthanol, l'alcool en brûler en contenant entre 5 et 10% (a priori suffisant au bon fonctionnement de la bougie), ainsi que des éventuels substituts au nitrométhane dont il est régulièrement questions dans les discussions de terrain (acétone et SP95).

        

    L'alcool à brûler utilisé pour les essais est de marque Phébus, trouvé chez Auchan. Je n'ai aucune préférence de marque, mais préfère mentionner ce détail car il semble que tous les alcools à brûler ne se valent pas au niveau de la qualité et/ou quantité de méthanol. Dans le doute, il vaut donc mieux acheter un petit bidon pour procéder à quelques vérifications avant d'acheter en gros volume.

    Le moteur de test est un O.S. 10FP à chemise acier (voir ici), équipé d'une bougie Rossi R1 (chaude) et d'une hélice MAS G/F 7x5. Les conditions d'essais sont plutôt sévères (température d'ambiance de 30°C, moteur de petite cylindrée et hélice le chargeant fortement), donc intéressantes pour bien discriminer les facteurs influants.

    Les essais ont été réalisés suivant un plan d'essais, croisant au mieux les paramètres testés (taux d'huile, taux d'alcool vs taux de méthanol, taux et nature d'additif) et suivant quatre axes d'évaluation : régime plein gaz, facilité de démarrage à la main, stabilité du ralenti et franchise du passage du ralenti à plein gaz.

    Voici les résultats bruts :

    Nota : le premier mélange est celui de référence, utilisé sur tous mes moteurs de petite cylindrée. L'additif anti-usure et améliorant dosé à 1% est de l'huile de coupleur hydraulique au sulfonate de calcium.

    Interprétation des résultats :
    - l'alcool à brûler fonctionne en fait très bien, et l'association avec du nitrométhane (indispensable sur un petit moteur) donne des résultats identiques en terme de souplesse et de stabilité de fonctionnement. Seule la puissance est légèrement en retrait par rapport au mélange de référence, mais cela semble a priori plus attribuable à la différence de qualité d'huile (ricin pure versus ricin + micro motul + additif anti-friction) qu'à celle de combustible, étant donné que le mélange dosé à moitié de méthanol donne le même régime que celui uniquement à base d'alcool à brûler (12000 tr/min dans les deux cas).
    - par contre, sans nitrométhane, les performances sont très dépendantes du taux de méthanol. Changer la bougie ainsi que le taux de compression pourrait améliorer les choses à ce niveau, mais je n'ai pas testé.
    - l'acétone ou le SP95 dégradent significativement le fonctionnement du moteur, le démarrage à la main, en particulier à chaud, devient même quasi impossible malgré la faible quantité d'additif.

    Quelques remarques d'ordre général :
    - la miscibilité de l'alcool à brûler avec les autres produits du mélange est identique à celle du méthanol.
    - le réglage du pointeau varie sensiblement d'un mélange à l'autre, parfois d'un demi-tour.
    - en toute logique, ces résultats sont extrapolable à des moteurs de cylindrée plus importante (car plus tolérants qu'un petit moteur à la qualité du carburant).

    Seul gros bémol : si l'alcool à brûler représente donc une alternative crédible et peu onéreuse au méthanol, l'usage de nitrométhane reste indispensable sur un petit moteur, avec les difficultés d'approvisionnement liées à ce produit depuis 2014 (vente uniquement aux dépositaires, entreprises ou associations, d'un numéro Siret).

    Copyright Franck Aguerre / RC Aero Lab