• Restauration d'un moteur glow

     

    La qualité des carburants utilisés pour nos petits moteurs glow est un point souvent négligé, en particulier concernant la quantité et la nature de l’huile, 20% dont la moitié de ricin étant un minimum pour les moteurs de moins de 4 cm3. C'est pourtant LE facteur majeur qui fait qu’un moteur dure… ou pas, avec généralement l’apparition à court terme, en cas de défaut, de jeu en tête de bielle (côté vilebrequin) et, sur certains moteurs, d'un dé-chromage de la chemise. Les paliers lisses [de vilebrequin] peuvent aussi souffrir d'une lubrification trop juste, mais c’est souvent dans un second temps. C’est dans cet état que j’ai récupéré un petit O.S. 10 FP, d'environ 25 ans au compteur et normalement bon pour la poubelle, que je me suis mis en tête de restaurer.

     

    Première opération, le nettoyage. La méthode, trouvée sur le forum RcGroups.com (voir ici et ici), est assez bluffante : il suffit de plonger le moteur pendant quelques heures dans du liquide de refroidissement chauffé à 70-80°C (dans mon cas avec une vieille friteuse) pour qu'il retrouve tout son lustre (ici un antique OS 25RC) :

    Restauration moteur glow

    Restauration moteur glow    Restauration moteur glow

     

    Ensuite, la réparation la plus facile concerne la bielle, avec l’ajout d’un coussinet en tête, ici à partir d’un barreau en laiton utilisé pour fixer les platines électronique.

    Restauration moteur glow    Restauration moteur glow

    L'alésage de tête de bielle, très ovalisé par l’usure, est d’abord contre-percé à un diamètre un peu plus important (Ø5 mm). Le barreau est alésé au diamètre du maneton de vilebrequin, avec un jeu au diamètre d’environ 0.05 mm, puis ajusté pour rentrer sur la bielle avec un léger serrage. Le montage est sécurisé par de la colle Loctite 648 « blocpresse ».

        


    La réfection de la chemise a été une autre paire de manches. J’ai d’abord tenté, par le biais d’un atelier spécialisé en plaquage métallique par électrolyse, un dé-chromage puis un re-chromage (en fait un nickelage dur), mais le résultat n’a pas été probant. J’ai alors opté pour la réalisation d’une chemise maison, dont voici le plan du semi-fini (avant ajustage de la zone de circulation du piston) :

    Plutôt que la classique fonte GS, j’ai retenu, après pas mal de recherches et non sans quelques doutes, un matériau nettement plus original, en l’occurrence du X60NiMnCr13-5-3. Il s'agit d'un acier mi-dur ayant la particularité d'avoir un coefficient de dilatation thermique comparable à celui de l’aluminium, généralement utilisé pour la réalisation d’inserts de pièces en alliage léger.

    Après usinage, la chemise a été nitrurée sur 0.05 mm de profondeur pour améliorer sa dureté superficielle et sa résistance à l’usure (ce traitement est facultatif). L’appairage final avec le piston (avec une légère conicité pour serrer au PMH) a été réalisé sur une perceuse à colonne équipée d’un mandrin cylindrique en aluminium sur lequel est enroulé un coupon de papier de verre 150 puis 400, en tenant simplement la chemise à la main pour « sentir les choses ». Cette opération, a priori assez laborieuse, se fait finalement facilement et n’est pas critique même en terme d’état de surface, à condition d’utiliser un carburant à base d’huile de ricin (qui déposera un vernis dans toutes les micro-aspérités).

        

     

    Une dernière amélioration, toute simple, consiste à ajouter un tube silicone à l’échappement pour assourdir le bruit sans trop pénaliser la puissance moteur. La longueur doit être ajustée pour trouver le meilleur compromis, comme pour un résonateur, ici 75 mm de longueur libre pour un tube Ø6 x Ø9 mm. Le résultat est sans appel, le bruit au sol est sensiblement réduit et se révèle aussi plus feutré (et même plutôt agréable) en l’air, au point d'être complètement couvert par celui de nombre de propulsions électriques un peu « miaulantes ». N’en déplaise une certaine vision stéréotypée, les moteurs thermiques peuvent être bien moins bruyants qu’on veut bien le dire, tout comme certaines moteurs électriques sont loin d’être silencieux…

     

    Les premières mises en route ont nécessité l’utilisation d’un démarreur, la compression initiale étant médiocre. Cette dernière s’est progressivement établie pendant la première dizaine d’heures de vol, jusqu’à permettre un démarrage facile à la main quelle que soit la météo. Il faut juste penser à correctement « bistouiller » le carburateur et, avec un peu d’habitude, on arrive à faire partir le moteur au premier appel du doigt. Ca fait son petit effet au terrain !

    A noter que le carburant est un mélange maison : 13% d’huile de ricin, 10% d’huile Micro Motul, 10% de nitrométhane, 1% d’additif anti-usure, le reste de méthanol. La bougie est une Rossi R1 (chaude), mais une OS A3 ou une bougie chaude d’entrée de gamme (HSP, HK, etc.) conviennent tout aussi bien.

     

    Bilan

    Après une bonne centaine d’heures de fonctionnement, autant par temps très chaud qu’en plein hiver, le résultat a largement dépassé mes espérances : le moteur ne présente aucun signe d’usure, la compression est toujours excellente et la bielle n’a pris aucun jeu. Le jeu de vilebrequin, que je trouvais un peu limite d'origine, n’a pas évolué et le remplacement du palier lisse que j’avais imaginé à un moment n’est donc pas à l’ordre du jour. Le moteur tourne un peu plus chaud qu’un 10 FP standard, tandis que la puissance est au RDV (15500 tr/min avec une Master 7x4, avec environ 800 g de traction statique).

    Seul bémol pour ceux qui souhaitent tenter ce type d’aventure et qui ne sont pas outillés, connaître un usinier sympa pour réaliser gracieusement la chemise, sinon le tarif d’une telle pièce est prohibitif à l’unité. Reste la beauté du geste et le plaisir de faire fonctionner un moteur «presque maison », avec certains plaisirs avouables : une sonorité agréable grâce à l'astuce tout simple du tube silicone accordé, de la puissance à revendre (équipée de ce moteur, mon Hexafly grimpe à la verticale à mi-gaz et est très démonstratif en palier plein gaz) et une autonomie (20 min plein gaz avec 125 cm3 de plein…) sans équivalent en motorisation électrique, de même que la durée de vie. Quant à l’huile de ricin, on n’aime ou on n’aime pas la nettoyer après le vol, mais au moins elle donne aux mains une belle peau douce J

    Copyright Franck Aguerre / RC Aero Lab